Bergère du silence



Extraits Extraits


Extraits de « L’accordéon du silence »

« Il y a cette mémoire clandestine
couchée dans la tremblante humilité d’un jardin
et aussi ces ballons d’irréel
qu’on laisse s’échapper
vers l’intemporel
Puis s’invitant à l’improviste
le miracle d’un rien qui ouvre les volières du rire
la mousse des détails
ces monologues à mi-voix qui nous confient la vie »


« Que cherchons-nous dans le brouillard
sinon les captivantes lueurs de l’inédit
Un brasier soudain nous traverse
nous renforce
Des joies métisses nous caressent
et l’émouvante fragilité du dedans
bouillonne comme destins en fusion
Nous sommes vivants »


« Blanc
ne serait-il que frémissement
où repose notre moi
encerclé de soyeux écrits
démultipliant le par-delà
avec
les griffes du hasard
qui raclent l’inépuisé
le prémédité »


« Plénitude trace sillons
que nous suivrons
jusqu’à d’autres maintenant
Reste à ranger
ce désordre d’ailes
et tondre l’hier
tout en préservant ce coin sauvage
où vient méditer le quotidien »

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Au plus près de l’intenseAu plus près de l’intense

Envoûtant
silence
flottant
à la cime
du vertige


Les gris
ont convoqué
le bleu
matin lisse
Tu y glisses
le signet
d’une île


Pleinement
tu entres dans le poème
comme échassier
en son domaine


La tendresse
dans sa longue robe
de sable
berce ses barques


Vaste mercerie
de la mer
Y rechercher
clartés
couleurs
et dérives

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Sources de selSources de sel

La pensée
ici
voyage sans bagages
Le soleil entre sans frapper


Tu déchiffres avec bonheur
l’écriture serrée
des migrations


Par le petit escalier d’un murmure
l’île descend dans la mer
et s’évapore
laissant derrière elle
quelques coquillages
en héritage

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L'ébéniste du tempsL'ébéniste du temps

Soigner en secret
les blessures au long cours


Toutes nos vies cachées sous la peau
et qui chuchotent


L’automne aux pourpres paupières
a mis le couvert
sous la gloriette des mots


Je glisse vers la lenteur
telle une barque fendant l’aube


Je deviendrai

sentinelle de l’oasis
où se désaltère
l’intemporel

paysagiste de l’imperceptible
où ronronnent les couleurs

contrebassiste de la tendresse

ébéniste du temps

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Insomnies tigréesInsomnies tigrées

Le prunier de l’aube
lance ses mauves
aux passagers du désir


La saison est venue en barque
avec sa harpe
qui fera d’elle une rivière


Le vent
dans ses chariots
transporte les pétales
d’un fascinant refrain


Nos souffles
mariés à la hâte
sur l’embarcadère du silence


Mais l’île convoitée risque de lever l’ancre


Pourquoi allumons-nous parfois le feu
avec le petit bois de nos doigts


Fiévreux
le pays de nos bouches
quand les doutes labourent le trop peu


Moissonner les champs
dont le blond taille nos choix


Sculpter dans le tilleul
nos longues insomnies tigrées


La patience
dans la cuisine
grille son pain


L’insouciance a laissé un livre ouvert
à la page de l’enfance perlière


Dans l’église des blés
les étourneaux épousent le très fugace


Cerise du présent sur la langue
Serait-ce l’intense
qui soudain
sculpte le noyau

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L'accordeur de mots est passéL'accordeur de mots est passé

De la terrasse où les citronniers jalousent le soleil,
tu observes l’été, à travers ton désir qui s’effeuille.
Tu refermes le livre de l’oubli et longuement,
tu caresses le présent, couché sur tes genoux.


Toi qui écornes les rêves éveillés à trop les feuilleter,
recueille dans tes paumes les riches étoiles de l’éphémère.

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Démesurément la lumièreDémesurément la lumière

L’aube
nettoie ses outils
dans un grand seau de lumière


A l’ombre d’un oiseau
le présent prépare
ses lendemains de plume


Se façonner des ailes
avec les pans d’éternité
qui par grand vent
tombent du paysage


Se calfeutrer
dans le cocon de l’instant
où le ciel
inlassablement
fait son lit


Aspirer l’infini
par la fine paille
d’une émotion


Haute voltige
de nos limites
entre les lignes
du cahier intérieur


Acrobate
sur la page blanche de l’inouï
la vie arc-en-ciel


Le poème
osera-t-il se hisser
plus haut que la mémoire

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Derrière la haute haie du visibleDerrière la haute haie du visible

Derrière la haute haie du visible

il y a
les voix de nos mémoires
aimantées
par l’eau-forte des mots

Il y a

la rivière
mon alliée
quand le passage à gué d’un visage
guette

un lâcher de colombes
pour émanciper le ciel

mes faiblesses
dont je fais silex

Forcément

il y a

des silences blancs
que l’on chevauche
dans l’inexplicable

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Au sud de la mémoireAu sud de la  mémoire

Je voyage seule
dans la montgolfière des mots
que la lumière avale


Il faut à la nuit
si peu de mots
pour entrer dans le poème


Nous avons voyagé
avec la lune gitane
qui réchauffait le lait
de nos attentes


Dès que le froid des souffrances
aura fondu
nous ouvrirons les fenêtres
qui donnent sur le fleuve
où patiente le passeur


Au fond de nos crevasses
où la mer sans répit s’enfonce
il y a le blé des aubes
qui tousse
pour nous tenir en éveil


D’écouter aux portes du voyage
j’en connais tous les complots
Mais ils fondent sur ma langue
bien avant le départ


Si peu de temps
pour appuyer son front
à la lune
Et tellement de clarté

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Nuit clandestineNuit clandestine

Lorsque la mer
met au monde
ses mémoires de sel
le présent redessine ma bouche


Est-ce la pluie
qui fait pleurer les arbres
quand ils préparent le thé
pour apaiser nos doutes


A quelle soif se fier
pour piloter nos fragiles embarcations
vers les étangs de lumière


Les yeux de mes barques s’adoucissent
en butinant la lune
et je reste seule passagère du silence

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L'ile tutoyéeL'ile tutoyée

Écrire le matin
quand la mer bat les cartes
et que le soleil s’autorise un regard
à la première page du paysage


Je dialogue souvent
avec les jardiniers de l’âme
qui transitent en moi
quand le vent tombe


Apprivoiser les chats
qui ont dans leurs yeux
la grande marée
- celle qui pousse les pensées
vers le dedans-


J’aime me blottir au creux des mots
qui lancent leur ligne
dans les certitudes estivales


J’ai traversé à gué
le long poème de la mer
pour ranimer l’intemporel
qui habite en nous


Où chercher son identité
sinon dans les balcons éphémères
des vagues


Quand un bateau rentre au port
c’est un peu comme si
je me réconciliais
avec l’autre versant de moi-même

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Le coupeur de phrases est passéLe coupeur de phrases est passé

Je cherche les éclaireurs de miroirs
La trame la plus profonde est en nous de toute façon
Nous qui jardinons partout sauf dans nos jardins
Les images que je récolte dans mes mains effacent ma voix
qui voudrait briller dans la haute mer
Qui a fermé mon grenier à sel
J’ai besoin de chaque parcelle d’amour


Il est des moments où l’horizon n’apparaît plus
que derrière son miroir
Plus de limites
Rien que l’inspiration lisse de la plage
Et le ciel échoué dans la flaque du soleil
Je porte la broche du crépuscule et replante
les chants de sirène sur le tapis du soir


Si j’étais marée m’habituerais-je à ce ressac incessant
de la certitude
J’en oublierais sans doute l’énoncé des vagues
et je promènerais près des digues le chien fou du vent
J’accumulerais plus de lits défaits que je n’en possède
et le soir je me blottirais dans le divan des îles
Si j’étais le chariot qui rivalise avec la mort
je me lancerais dans le sens unique de l’espoir

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L'écriture, ses filetsL'écriture, ses filets

Insoutenable
comme deux phrases
dont les regards se croisent
aux lèvres du dire


L’intemporel compte ses syllabes
fines chaînes au cou du silence

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Cri voilé de l’enfant-luneCri voilé de l’enfant-lune

Dans le ciel
aucune barque
Mais des flocons d’abîme
qui s’intercalent
Je les ferai fondre sous mes manteaux


Quand la lumière n’est plus attentive
la perte d’une aile
déclenche un nouveau crépuscule


Je ne connais pas l’orthographe du froid
J’ai perdu les ricochets du violoncelle
Il n’y a même plus de balcons
aux navires du certain


La tristesse rôde autour de mes murs
La rentrer pour l’hiver ?

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Matins ébouriffésMatins ébouriffés

On entend dans la brume
un bateau à aube
caresser la rive

Où partiront les mots
à leur réveil


Un oiseau s’est posé sur ma souffrance
Il a installé d’autres fleuves
dans mes veines

Maintenant
tout au fond de son chant
s’étire un océan

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Avec un ArchetAvec un Archet

J'ai sous la peau
des villages au front doux
des vergers d'amour
Je suis la bergère qui garde la musique des bois


Les caresses ont des cils au bout des gestes


Des églises sonnent
dans l'arrière pays de nos souffles
Il n'y a plus qu'à décrocher
les îles en attente
et à les abreuver d'aubes nues


Aujourd'hui
mes mains peuvent contenir
la mer entière
Mes portes et mes violons
s'ouvrent sur des naissances colorées

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Brise-larmeBrise-larme

J'aime chaque soir essuyer les yeux humides du jour
et mettre des coussins de crépuscule aux nuques des maisons
Parfois aussi placer des volets de bois à mes passions


Je suis née ce matin
J'ai déposé sur tes reins
le ronronnement d'un chat
Autour de ton sourire-écaille
je me roule dans le murmure de nos vies


Au fond de ma forêt on accorde un piano

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FunambuleFunambule

Me tremper tout entière
dans la fraîcheur d'une fatigue
et m'étendre dans les fougères
du sommeil


Par la lucarne d'un soir
j'ai découvert pourquoi
les étoiles souriaient

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